mardi 23 mai 2017

Le Sourire du calligraphe




Le Sourire du calligraphe


Cet article extrait du Pinceau d’avril, a été composé à la mémoire de mon maître, Kuroda Shûka. L’enseignement que j’ai reçu de lui pendant les quinze dernières années de son existence pourrait se résumer en un verset : « Un pétale vrille, un sourire » (Nenge Misho, 拈華 微笑).

Premier paradoxe : le calligraphe cultive l’écrit mais privilégie l’oral dans son enseignement. La mention kuden (口伝) en japonais indique que la transmission est exclusivement orale. Mais que faut-il entendre par transmission orale ?

Deuxième paradoxe : malgré le fait que la transmission soit orale, la parole ne détient pas l’exclusivité. Si les mots lui manquent, le calligraphe pourra, par exemple, transmettre son enseignement par le sourire.

Un essai rédigé par Kuroda Shûka, paru dans la revue mensuelle Sekai Shisô en mars 1985, nous permettra de saisir ce qui se transmet par le sourire que les mots ne sauraient exprimer.

Il est temps de laisser la parole au sourire.

*

Nenge Misho, 拈華 微笑, « Un pétale de fleur vrille, un sourire »

J’étais occupé à calligraphier avec le plus grand soin un diplôme, et bien que j’avais pour habitude d’éteindre la télévision pour ce genre de travail, ce jour-là je l’avais laissée allumée avec le son au plus bas.
- Nenge Misho.
À peine avais-je entendu ce verset et levé la tête que l’image avait disparue. Renge Misho. C’est bien ce que j’avais entendu. Me répétant la formule, j’interrompais mon travail pour consulter quelques dictionnaires, essayant de retrouver ce verset… Sans résultat. Recherche vaine.
Je me remis au travail après avoir rangé les différents dictionnaires. Mais le travail achevé, le verset me revint à l’esprit. Le verset me préoccupait d’autant plus que le sens m’en échappait. Je voulais en savoir plus. Me rappelant soudain qu’on était dimanche, je téléphonais sans plus attendre à un vieil ami.
- C’est Nenge Misho et non Renge Misho, me répondit-il et, impressionné par une telle mémoire, je m’exclamais :
- Merci, merci infiniment !
C’était effectivement Nenge Misho, et le dictionnaire donnait la définition suivante :
« Lorsque SAKYAMUNI donna l’enseignement à la foule rassemblée sur le mont GÅDHRAKÜTA, il fit vriller en silence un pétale de fleur. La foule ne saisit pas le sens de ce geste, seul KÄÇYAPA y répondit par un sourire. En référence à ce fait, le verset signifie transmettre l’esprit ».
Telle la foule rassemblée sur le mont GÅDHRAKÜTA, je n’arrivais pas à me satisfaire d’une telle définition. Je me mis à consulter d’autres dictionnaires. Je tombais sur la définition suivante :
« Nenge Misho, terminologie bouddhiste. Dans l’école du bouddhisme Zen, ce verset est mis en exergue afin d’expliquer que la voie se transmet en dehors des textes et de leur étude. Lorsque le Bouddha fit vriller un pétale de fleur devant la foule assemblée, voulant par ce geste transmettre son enseignement, seul KÄÇYAPA comprit et sourit. C’est ainsi que la loi bouddhique lui fut véritablement transmise ».
N’étant pas moi-même spécialiste de ces questions, je sentais bien qu’un sens profond dépassait ma compréhension. Je me mis à réfléchir. Je réfléchis une nuit, deux nuits… le troisième jour au matin je réfléchissais encore. Seul, les yeux clos, je laissais aller mes pensées lorsqu’un sourire vint de lui-même flotter sur mon visage. 

Kuroda Shûka, Sekai Shisô, mars 1985 ; traduction Claire Seika, Pinceau d’avril, 2, juin 2003, traduction légèrement abrégée.


*

Début octobre 1984. J’allais avoir vingt ans lorsque je rencontrai Kuroda Shûka pour la première fois. Avait-il déjà écrit cet essai, devant paraître au mois de mars suivant, ou l’avait-il au bout du pinceau ? Toujours est-il que la rédaction de celui-ci date probablement du moment de cette première rencontre.

Kuroda Shûka y enseigne qu’il est toujours temps de sourire. En effet, le récit autobiographique qu’il nous a laissé n’aurait pas vu le jour s’il avait souri immédiatement en entendant le verset, et s’il ne s’était pas écoulé deux nuits blanches entre le moment où il a entendu le verset et le moment où la compréhension du sens profond de celui-ci fit naître un sourire sur son visage. Ainsi, bien que le verset « Un pétale vrille, un sourire » puisse laisser à penser que le sourire naît sur le visage du disciple avant que le pétale ne touche le sol, on peut imaginer que ce pétale mette un temps infini à tomber et qu’il est toujours temps de sourire…

Claire Seika, Le Pinceau d’avril, 2, Juin 2003 (texte légèrement modifié).



Kuroda Shûka








lundi 20 mars 2017

Stage de Calligraphie Japonaise, été 2017



Stage de Calligraphie Japonaise

été 2017

Calligraphier dans le style Wayô ※



2 juillet​ - ​7​ juillet 2017​



"La lune ? Elle n'est plus 
Le printemps ?
Ce n'est plus le printemps d'autrefois
Moi seul
Suis resté le même" 
(Narihira, IXe siècle)
Calligraphie Claire Seika, 2017


Un stage de calligraphie japonaise sur le thème Calligraphier dans le style Wayô aura lieu en juillet 2017​ au dôjô Oshinkan. Il débutera le dimanche 02 juillet à 10 heures et s’achèvera le vendredi 07 juillet à 17​ heures.

Programme
Matin (10 h-12h) et après-midi (14h-18h) : pratique de la calligraphie de style Wayô, Kanji et Kana.
Mardi 4 et jeudi 6 juillet, en soirée (18h30-21h) : séances de cours théorique sur le​ thème du stage​ (organisées sur les deux soirées).

Participation aux frais

200€ pour les étudiants, membres d'Oshinkan
280€ pour les membres d'Oshinkan (non étudiants) 
330€ pour les participants extérieurs (non membres)


Le montant du stage comprend les repas des soirées des 4 et du 6 juillet qui seront pris en commun au dôjô Oshinkan. Il est à régler par chèque à l’ordre de Oshinkan le premier jour du stage.


Les débutants sont acceptés.
Il n'est pas possible de venir à la journée.

Lieu : Oshinkan
1, rue Blaja 
31500 TOULOUSE
05-61-11-84-32
http://www.oshinkan.com/

Matériel
Pinceaux grands et petits, encre, papier d’exercice format Hanshi (24.2 cm/33.3cm) et pierre (matériel non fourni).
Liste de matériel

Renseignements et inscription avant le 30 juin ​2017 : 

Claire Seika
Courrier électronique, claire.seika@oshinkan.com


Wayô est un mot composé de Wa, préfixe désignant le Japon, et du suffixe , signifiant «style». La calligraphie Wayô se distingue ainsi du courant dit de «style chinois», Karayô唐様, qui s'est développé au Japon à l'époque moderne.

On désigne plus précisément par le terme de Wayô la calligraphie de style japonais de l'époque Heian, style représenté par les trois calligraphes connus sous la désignation de Sanseki三跡, «les Trois Traces (de pinceau)» : 

Ono no Tôfû藤原道風 (894-966), 
Fujiwara no Sukemasa藤原佐里 (944-998) 
et Fujiwara no Yukinari藤原行成 (972-1027). 

Nous nous référerons surtout durant le stage à Fujiwara no Yukinari. Celui-ci représente l’achèvement du Wayô réalisant la synthèse des deux grands calligraphes fondateurs : Ôgishi pour la Chine, 王義之 (303-361), et Ono no Tôfû pour le Japon.








http://www.oshinkan.com/




lundi 17 octobre 2016

Conférence "Le Haiku et les journaux de voyage de Bashô", Album photographique





Conférence "Le Haiku et les journaux de voyage de Bashô"

Château-Musée du Cayla, Tarn

16 octobre 2016



Bashô à la gare d'Ishiyama
Photographie de Pierre Simon Iwao 

extraite du diaporama de la conférence



Photographies de la conférence


©Geneviève Andréa Gay



©Geneviève Andréa Gay




Itinéraire du Journal de voyage Le Carnet de la hotte
©Geneviève Andréa Gay